haraz.ch

Normes d'éclairage de sécurité

L'essentiel des règles suisses, sans le jargon : quand faut-il de l'éclairage de sécurité, combien de lux, combien de temps il doit tenir, et les cas où l'on en est dispensé. De quoi cadrer un projet ou répondre à un client. La référence qui fait foi reste la directive de protection incendie de l'AEAI et l'avis de l'autorité cantonale.

D'après la directive AEAI 17-15 « Signalisation des voies d'évacuation · éclairage de sécurité · alimentation de sécurité » (en vigueur 01.01.2017, état 01.12.2022), la loi fédérale sur le travail (RS 832.30, art. 20) et les normes européennes EN 1838 (éclairage), EN 50172 (installations) et EN ISO 7010 (pictogrammes). Les valeurs de dimensionnement (uniformité, temps de montée, rendu des couleurs) relèvent de l'état de la technique porté par la SLG (Société Suisse de l'Éclairage), repris depuis 2024 dans la SNR 19900. Recoupé avec la plateforme officielle Heureka et l'attestation romande ECA.

1 lux
Éclairage de sécurité
au sol, dans les voies d'évacuation
0,5 lux
Éclairage anti-panique
grands locaux recevant du public
5 lux
Aux moyens de secours
extincteurs, robinets d'incendie, déclencheurs
1 h
Autonomie exigée
durée standard de l'attestation ECAB
5 s
Délai d'enclenchement
50 % de l'éclairement en 5 s, 100 % en 60 s (SN EN 1838)

Ai-je besoin d'un éclairage de sécurité ?

Trois questions pour dégrossir un local. Indicatif : ça ne remplace pas l'analyse au cas par cas.

1. De quel local s'agit-il ?

Ce que dit la règle

Répondez aux questions ci-dessus pour voir apparaître les exigences.

1 · Signaler les issues : les pictogrammes

La première question n'est pas « combien de lux » mais « les gens connaissent-ils les lieux ? ». C'est ce qui décide du type de signal de secours (le pictogramme vert).

Personnes de passage

Régime permanent

Visiteurs, hôtes, patients… qui ne connaissent pas le bâtiment : les pictogrammes d'issue restent allumés en permanence, pendant que les locaux sont occupés. Ils peuvent s'éteindre quand il n'y a plus personne d'extérieur (par exemple la nuit).

Habitués des lieux

Régime non permanent

Personnel, habitants : un pictogramme qui ne s'allume qu'à la panne de courant suffit. Une école est traitée en régime non permanent.

Lieux peu fréquentés

Panneau phosphorescent

Là où passe peu de monde, un panneau photoluminescent (qui brille dans le noir) fait l'affaire.

2 · Éclairer le chemin : les lampes de sécurité

Dès qu'une voie d'évacuation est définie, elle doit rester éclairée si le courant saute. Il faut alors des lampes de sécurité dans ces cas :

  • Les cages d'escalier comptent toujours comme voies d'évacuation : éclairage de sécurité à 1 lux au sol, sur tout le trajet jusqu'à l'extérieur du bâtiment (escaliers extérieurs compris).
  • Les locaux de plus de 60 m² recevant surtout des personnes de passage (halls d'accueil, salles de réunion ou d'exposition, halles, salles de gym, cantines…) et les WC visiteurs : éclairage anti-panique à 0,5 lux.
  • Les locaux prévus pour plus de 300 personnes (salle polyvalente, salle de spectacle…) : éclairage anti-panique.
  • Devant les moyens de lutte contre le feu (extincteurs, robinets d'incendie armés (RIA), déclencheurs manuels) et les postes de premiers secours : 5 lux pour les retrouver et s'en servir dans le noir.

3 · Selon l'affectation : le tableau AEAI

C'est le cœur de la directive 17-15 : pour chaque type de bâtiment, elle dit si les signaux de secours et l'éclairage de sécurité sont requis ou seulement recommandés (tableau valable pour toute la Suisse).

Affectation Signaux de secours Éclairage des voies d'évacuation Éclairage dans les locaux
Industrie, commerce, espaces de vente jusqu'à 1200 m²requisrequisrecommandé zones spécifiques
Grands magasins plus de 1200 m²requisrequisrequis
Bureaux, écolesrequisrequis
Hôpitaux, cliniques, EMS, crèches hébergement [a] · les crèches sont traitées comme les EMS : des occupants qui ne peuvent pas évacuer seulsrequisrequisrecommandé zones spécifiques
Hôtels, centres de vacances, logements temporaires hébergement [b]requisrequis
Refuges de montagne isolés hébergement [c]recommandérecommandé
Locaux pour plus de 300 personnesrequisrequisrequis
Parkings plus de 600 m²requisrequisrequis voies de circulation
Abris souterrains civilsrequisrequisrecommandé

requis = obligatoire · recommandé = conseillé, laissé à l'appréciation · case vide = non concerné. Pour les grands magasins, locaux > 300 personnes et autres lieux très fréquentés, les signaux restent allumés en permanence tant qu'il y a du monde (régime permanent). Hôpitaux, EMS, crèches et hôtels : occupants qui dorment, à mobilité réduite ou trop jeunes pour évacuer seuls, l'autorité y exige souvent une autonomie plus longue.

4 · Quand peut-on s'en passer ?

Deux situations, en pratique, échappent à l'éclairage de sécurité :

Hors champ

Immeubles d'habitation

Les logements strictement résidentiels ne sont pas visés par la directive : pas de signal ni d'éclairage de sécurité exigé. Un panneau phosphorescent vers la sortie reste recommandé.

Petites surfaces

Sous les seuils de voie d'évacuation

Très petits locaux dont l'entrée est aussi l'issue : s'il n'y a pas de voie d'évacuation formelle, il n'y a pas d'éclairage de sécurité à prévoir. À titre indicatif : restaurant ou bar jusqu'à ~100 m², commerce jusqu'à ~60 m², tente ou chapiteau < 75 m² (sauf sous-sol, où un signal reste conseillé). Ces seuils viennent de la directive « Voies d'évacuation » : à confirmer avec l'autorité.

5 · Autonomie, enclenchement et contrôles

  • Autonomie : 1 heure. C'est la réponse au « pourquoi toujours 1 h » : l'attestation de conformité ECAB/AEAI coche « éclairage de sécurité minimum 60 min », et les mesures d'éclairement se font justement après 60 min de fonctionnement. La directive fédérale mentionne bien un plancher de 30 min dans certains cas, mais sur l'attestation à remettre à l'autorité, c'est 60 min, et jusqu'à 3 h pour les hôtels, hôpitaux, EMS, crèches et bâtiments élevés, où l'évacuation prend plus de temps.
  • Enclenchement : 50 % en 5 secondes, 100 % en 60 secondes. La directive AEAI 17-15 (ch. 3.2.2) demande un enclenchement « selon l'état de la technique », c'est-à-dire la norme SN EN 1838 : l'éclairage d'évacuation doit délivrer la moitié de l'éclairement requis au bout de 5 s et la totalité au bout de 60 s. La commutation elle-même se fait en 0,5 s au plus (SN EN 50171), dès que la tension tombe à 0,6–0,85 fois sa valeur (SN EN 60598-2-22). Aux postes de travail dangereux, l'éclairement doit être là en 0,5 s.
    Les « 15 secondes » qu'on entend encore viennent de l'ancien texte de la directive (édition 2015) : la FAQ AEAI 17-006 a montré qu'il était ambigu, et il a été remplacé par le renvoi à l'état de la technique.
  • Lampes portatives : admises uniquement dans les locaux réservés au personnel, jamais comme éclairage de secours d'une zone publique.
  • Contrôles : contrôle à la réception, puis essais réguliers de fonctionnement et un essai de durée au moins une fois par an (le bloc doit vraiment tenir ses 60 min), consignés dans le livre de contrôle remis à l'exploitant.

6 · Pour le dimensionnement : l'état de la technique (SLG · EN 1838:2024)

L'AEAI dit « il faut de l'éclairage de sécurité » ; le comment (combien de lux exactement, sur quelle bande, avec quelle régularité) vient de la norme EN 1838 et de l'état de la technique de la SLG. Les points qui servent au calcul :

  • Voie d'évacuation≥ 1 lux au sol, sur toute la largeur de la voie · régularité Emax:Emin ≤ 40:1. Si la voie fait plus de 2 m de large, on exclut une bande de 0,5 m de chaque côté ; si elle est plus étroite, un quart de sa largeur. Selon EN 1838:2024. L'édition 2013 ne demandait 1 lux que sur l'axe et 0,5 lux sur la bande centrale : une étude faite à l'ancienne règle peut ne plus passer.
  • Chemin dans un grand localQuand la voie d'évacuation traverse un espace ouvert, elle garde ses 1 lux sur une largeur d'au moins 2 m, le reste du local étant en anti-panique. Selon EN 1838:2024.
  • Anti-panique≥ 0,5 lux sur la surface, hors une bande de 0,5 m au pourtour · régularité ≤ 40:1.
  • Postes à risque≥ 15 lux (et ≥ 10 % de l'éclairage normal), sans effet stroboscopique, là où couper la lumière est dangereux (machine tournante, etc.).
  • Facteur de maintenanceViser ~1,25 lux à neuf pour garantir 1 lux dans la durée (vieillissement, poussière, facteur 0,8).
  • Plan de mesureAu sol (jusqu'à 2 cm au-dessus).
  • Montée en puissance50 % de l'éclairement en 5 s, 100 % en 60 s. Inchangé entre l'édition 2013 (ch. 4.2.6) et l'édition 2024 (ch. 7.1.5).
  • Points d'emphase≥ 5 lux, mesurés à la verticale, près des déclencheurs manuels, des moyens d'extinction, des tableaux de commande et des commandes qui déverrouillent les portes électriques. Selon EN 1838:2024, qui a précisé ce point.
  • Plaque photoluminescenteUn signal sans lumière propre (une plaque) doit être photoluminescent, et s'il est éclairé par un bloc voisin il doit recevoir ≥ 5 lux sur la plaque. En Suisse les deux vont ensemble : tout signal qui n'est ni lumineux ni rétroéclairé doit être phosphorescent, avec une luminance d'au moins 150 mcd/m² (contre 2 cd/m² pour un signal éclairé ou rétroéclairé), et dans un local sans lumière naturelle il doit en plus être couvert par l'éclairage de sécurité. À distance égale la plaque doit être plus grande : hauteur = distance ÷ 65, contre ÷ 100 pour un signal éclairé et ÷ 200 pour un rétroéclairé (à 20 m : 310 mm, 200 mm, 150 mm). Selon AEAI 17-15, ch. 3.1.5 al. 2 et 3 et annexe ad 3.1.4, pour la plaque ; selon EN 1838:2024 pour les 5 lux.
  • Éclairage local (nouveau)Nouvelle catégorie pour les bâtiments où l'on reste sur place pendant la panne au lieu d'évacuer (EMS, soins) : au moins le niveau d'une voie d'évacuation, 1 lux, davantage si l'analyse de risque le demande. Selon EN 1838:2024.
  • Deux luminaires au moinsChaque zone doit être éclairée par au moins deux luminaires, pour que la panne d'un seul ne la plonge pas dans le noir. Selon EN 1838:2024, ch. 5.1.8.
  • Jusqu'au lieu sûrL'éclairage extérieur doit se prolonger jusqu'à un endroit sûr, pas seulement jusqu'à la porte de sortie. Selon EN 1838:2024.
  • Vérification des niveauxContrôle photométrique à la réception, puis tous les 5 ans. Selon EN 1838:2024, annexe B, en lien avec EN 50172:2024.
  • Rendu des couleursRa ≥ 40, pour distinguer les couleurs de sécurité (le rouge d'un extincteur).
  • Durée60 min sur l'attestation ECAB/AEAI (EN 1838 retient aussi 1 h par défaut ; la directive fédérale cite 30 min comme plancher). Jusqu'à 3 h pour hôtels, hôpitaux, EMS, crèches, bâtiments élevés.
  • À ne pas oublierAscenseurs, locaux électriques, zones de refuge et équipements pour personnes à mobilité réduite, abords des déclencheurs manuels, et tout local prévu pour plus de 300 personnes.
  • WC et vestiaires > 8 m²Un WC, une salle d'eau ou un vestiaire de plus de 8 m² (surface brute) doit recevoir un éclairage anti-panique (surface, ≥ 0,5 lux) — on peut s'y retrouver dans le noir sans savoir où est la porte. Réf. SNR 19900 / SN EN 1838.
  • Piscines et bassinsEn halle de bassin, la surface de l'eau doit rester éclairée et le pourtour du bassin à ≥ 5 lux (risque de glissade/noyade à l'obscurité). Les vestiaires attenants relèvent de l'anti-panique dès 8 m² (souvent aussi sans fenêtre). Réf. SNR 19900.

Édition et limites. La norme a été rééditée : EN 1838:2024, publiée le 31.12.2024 ; les normes nationales contraires doivent être retirées d'ici juin 2027. Les lignes marquées « selon EN 1838:2024 » ont été recoupées sur deux sources qui citent la nouvelle édition. Le texte complet est payant et n'a pas été lu en entier : l'anti-panique, les postes à risque, le rendu des couleurs et le facteur de maintenance sont donnés d'après l'édition 2013 et l'état de la technique SLG, sans confirmation qu'ils soient restés identiques.

7 · Le bloc lui-même : ce que dit la norme produit (SN EN 60598-2-22)

Les chapitres précédents disent où et combien éclairer. Celui-ci concerne l'appareil : la norme SN EN IEC 60598-2-22 (« Luminaires pour éclairage de secours », édition 2021/2022) fixe ce qu'un bloc doit savoir faire et ce qui doit être écrit dessus. Utile pour lire une étiquette sur le chantier et pour contrôler une installation.

  • Lire l'étiquetteChaque bloc porte un code en quatre cases (annexe B). 1re case, le type : X autonome (batterie dans le bloc), Z alimentation centrale. 2e case, le régime : 0 non permanent, 1 permanent, 2 mixte non permanent, 3 mixte permanent, 4 et 5 bloc maître (non permanent / permanent), 6 satellite. 3e case, les équipements : A dispositif de test, B mise au repos à distance, C mode inhibition, D poste de travail dangereux, E lampe ou batterie non remplaçable, F test automatique, G signal de sécurité éclairé de l'intérieur. 4e case, la durée en minutes : 10, 60, 120 ou 180. Exemple : « X 1 A 60 » = bloc autonome, permanent, avec dispositif de test, 1 h. Selon SN EN 60598-2-22, ch. 22.5, 22.6.2 et annexe B.
  • Flux annoncéLe flux lumineux indiqué par le fabricant est celui que le bloc donne 60 s après la coupure (0,5 s pour un poste de travail dangereux) et qu'il tient jusqu'à la fin de la durée annoncée. C'est ce chiffre, pas le flux à neuf en fonctionnement normal, qui sert au calcul. Selon ch. 22.3.14 et 22.3.15.
  • Bascule sur batterieLe bloc passe en secours quand la tension du réseau tombe entre 0,6 et 0,85 fois sa valeur assignée : pas besoin d'une coupure franche, une forte baisse suffit. Selon ch. 22.17.1 (édition 2014), cité par la FAQ AEAI 17-006.
  • Dates sur la batterieLa batterie porte sa date de fabrication (année et mois, ou année et semaine), et l'étiquette laisse une place où l'installateur note la date de mise en service. À remplir à la pose : c'est ce qui permet, des années plus tard, de savoir quel âge a la batterie. Selon ch. 22.6.7.2.
  • Quand changer la batterieDès que le bloc ne tient plus sa durée annoncée après une recharge complète. Le remplacement se fait par le fabricant ou une personne qualifiée, avec le type indiqué sur le bloc (technologie, tension, capacité, classe de température). Selon ch. 22.6.7.1 et 22.6.10.
  • Temps de recharge24 h, sauf si le fabricant annonce moins dans la notice. Après une coupure ou un essai de durée, l'installation n'est donc pleinement protégée qu'au bout d'une journée : à prévoir quand on planifie l'essai annuel. Selon ch. 22.6.21.
  • Mise au repos, inhibitionUn bloc mis au repos ou inhibé (bâtiment fermé, vacances) se décharge quand même. Le fabricant doit indiquer pendant combien de jours il peut rester ainsi en gardant au moins 50 % de son autonomie (7, 30 ou 90 jours par exemple). Selon ch. 22.6.22 et annexe D.
  • Support de montageTout luminaire de secours est classé pour un montage direct sur une surface normalement inflammable (bois, panneaux) : aucune cale ni plaque n'est nécessaire de ce fait. Selon ch. 22.5.
  • Luminaire mixteDans un luminaire qui sert à la fois d'éclairage normal et de secours, la douille de la lampe de secours est repérée par un point vert d'au moins 5 mm : on ne la remplace pas par n'importe quelle lampe. Selon ch. 22.6.9.
  • Bloc maître et satelliteEntre un bloc maître et son satellite, la longueur de câble est limitée par une chute de tension de 3 % au plus ; la longueur maximale figure dans la notice. Selon ch. 22.6.12.
  • Essais automatiquesUn bloc à test automatique doit répondre en plus à la norme IEC 62034 (systèmes d'essai automatique). Selon ch. 22.7.
  • Nouveau en 2021L'édition en vigueur ajoute des exigences pour les batteries au lithium et les supercondensateurs, et précise le repos, l'inhibition, la tenue à la chaleur et les dispositifs de test.

Source et limites. Relevé dans l'aperçu officiel de l'IEC 60598-2-22:2021 (chapitres 22.1 à 22.7) et recoupé pour le code de l'annexe B. Le texte complet est payant : les chapitres sur la tenue au feu, les chargeurs et la photométrie (22.13 à 22.21) n'ont pas été lus et ne sont donc pas résumés ici.

À garder en tête. Ce résumé vulgarise ; il ne se substitue pas aux textes. Pour un projet réel, la directive AEAI 17-15 (et son annexe technique), la norme EN 1838, la norme produit SN EN 60598-2-22, l'état de la technique SLG / SNR 19900, et surtout l'autorité de protection incendie (agent communal ou cantonal) font foi : c'est elle qui fixe l'étendue exacte des zones à éclairer. En cas de doute, on demande. Ces valeurs sont celles de l'attestation de conformité ECAB/AEAI remise à l'autorité en fin de chantier, que l'outil Déclaration de conformité remplit.